Pays sages

- Croquis photographiques d'une cartographie oubliée -
Saviez-vous que notre Hexagone est composé d’un ensemble de 450 régions et territoires naturels subdivisés en quelques 1800 pays traditionnels ? Cette mosaïque complexe, multiple, riche de terroirs et de pays précède les départements de 1790 puis de Bonaparte et dénote d’un passé ancien et luxuriant. Ce sont ces entités qui rendent véritablement compte de l’extraordinaire richesse géographique, mais surtout historique, culturelle, humaine et sociale de la France.
Celtes, Ibères, Mérovingiens, Wisigoths et autres Gallo-Romains nous ont légué des territoires dont le nom résonne encore, bien que dénué aujourd’hui de sens. Ces territoires historiques se sont complétés par d’autres, moins civilisationnels que juridiques (jugeries, prévôtés) ; religieux (évêchés, diocèses, etc.) ; féodaux (comtés, baronnies, etc.), mais tous nous renvoient à une histoire oubliée.
A cela s’ajoutent les territoires naturels, plus ou moins modelés par l’homme, dotés de noms et de dimensions dictés par le relief, la végétation, la géologie, les activités agricoles ou viticoles.
Nos anciens employaient volontiers le nom de leur pays traditionnel et marquaient ainsi leurs différences, leur singularité. Leur appartenance à un pays traditionnel, dont la définition peut se résumer à un territoire d’étendue limitée et situé à moins d’une journée de marche d’un lieu d’échanges et de commerce (halle, foire, marché) créait à la fois la fierté et l’identité.
Beauce, Béarn, Brie, Pédaguès, Pays de Caux, Pays des Garrigues, Terres Froides, Quercorb …
Cet héritage est méconnu et ne demande qu’à ressurgir. En cette période troublée, les notions de temps et de distance pèsent de tout leur poids, la redécouverte du patrimoine proche devient donc essentielle. Mais plus fondamentalement : "… Paradoxalement, c’est quand les "pays" disparaissent ou s’étiolent, gommés par notre civilisation moderne, normalisatrice et standardisée, que ces derniers apparaissent comme des entités de plus en plus revendiquées. L’homme contemporain bousculé et désorienté par une économie libérale qui entraine déracinements, concentrations urbaines, désertifications rurales, recherche un espace signifiant, familier, où il se sente à l’aise, soit connu et reconnu." (Myriam Louhala-Souchon, Le pays de Montélimar provencal ou dauphinois, éditions Hispamont).
Il y a une pincée d’années, j’ai commencé à répertorier ces pays naturels et traditionnels au gré de mes déplacements et à les illustrer par des paysages photographiques. Mon intention est de capter de beaux paysages dans chacun de ces lieux, non pas pour révéler l’identité absolue du pays illustré mais pour l’évoquer, lui donner vie. Ces images sont composées essentiellement d’éléments naturels libres ou ordonnés par l’homme ; parfois de quelques bâtiments ; mais surtout de rythmes et de lumières.
"C’est l’amour que l’artiste porte à la nature qui fait de celle-ci une oeuvre d’art en unifiant les éléments épars du monde sensible et en les élevant à un niveau de réalité supérieure ; dans les paysages, ce principe d’unité et d’amour est la lumière." (Kenneth Clark, L’art du paysage, éditions Arléa.)
Fort de ce constat, et parce que photographie veut dire étymologiquement écrire avec la lumière, je m’attache à chercher des paysages dans lesquels la lumière et le ciel ont une présence extrêmement prégnante. Ce travail artistique s’inscrit ainsi dans la lignée des peintres paysagers du XIXème siècle, de Turner aux Impressionnistes, de l’Ecole de Barbizon ; qui pour la première fois, allaient sur le paysage, peignaient in situ et cherchaient à capturer la lumière à la volée pour mieux la retranscrire.